Mauro Peressini et Rachel Beauvoir-Dominique, Vodou, Société du Musée canadien des civilsations, 2012

L’exposition Vodou

Vodou. La simple évocation de ce mot peut faire surgir en nous tout cortège de scènes héritées de la literature ou du cinéma : zombis errants, poupées plantées d’épingles, sorciers, poudres maléfiques…

Par leur nombre et leurs puissants moyens de diffusion, ces images font écran et rendent diffcile l’accès à une compréhension plus profonde de la spiritualité et de la pratique du vodou. Comment, dans ces conditions, ne pas en rester là afin de traverser l’obstacle?

L’exposition Vodou a répondu à cette question en proposant ce qui devait constituer la première étape de tout effort pour comprendre, au-delà des clichés, un univers culturel ou religieux étranger : une rencontre franche avec autrui.

Rencontre, d’une part, avec des objets. Produits pour la pratique du vodou haïtien, ils en sont aussi le résultat. Ceux qui les ont fabriqués diraient qu,ils n’en sont pas les auteurs, que les formes, les couleurs, les matériaux, les textures, les détails leur ont été dictés au cours d’échanges avec des esprits. N’ayant pas été faits pour être exposés et admirés, ces objets se pésentent à nous sans compromis.

D’où leur leur capacité à nous ravir, nous surprendre, nous affronter et nous amener à nous interroger sur nos clichés, nos savoirs, nos peurs.

Rencontre, d’autre part, avec les vodouisants haïtiens. Par les textes et les témoignages qui portaient leurs points de vue dans l’exposition, ils se sont adressés à nous d’égal à égal. Ils nous ont renseignés, sondés et bousculés parfois. En s’exhibant, ils nous ont donc également encouragés à exposer nos propres centitudes et à y réfléchir.

Les pages qui suivent résument, sous une autre forme, l’essentiel des informations que les vodouisants haïtiens nous ont communiquées sur leur spiritualité. Ces informations sont accompagnées d’images d’objets sélectionnés parmi les quelque 300 préesntés dans l’exposition.

Le vodou et l’histoire : Dominations et Résistances

Pour les vodouisants haïtiens, le vodou et l’histoire du peuple d’Haïti sont inséparables. D’abord parce que c’est cette histoire qui a façonné le vodou haïtien dans toute sa spécificité. Ensuite parce que le vodou lui-même a joué un rôle important dans le passé du peuple haïtien et qu’il continue à influencer son présent.

Telle que nous la restitue la mémoire collective des vodouisants, l’histoire du peuple d’Haïti se lit, dans ses grands traits, comme une longue suite de dominations et de résistances.

Les premiers peuples de l’île

Avant l’arrivée de Christophe Colomb, en 1492, les Premiers Peuples – les Ciboneys et les Tainos – étaient près d’un million à vivre sur l’île.

La colonisation espagnole leur fut désastreuse. Débarqués sur cette île qu’ils baptisèrent La Isla Española (Hispanola), les Espagnols cherchaient avant tout à satisfaire lles besoins de richesses et de matières premières d’une Europe en pleiene expansion. Bien armés et munis de chiens d’attaque, ils s’en prirent aux Premiers Peuples, qu’ils transformèrent en grande partie en esclaves employés dans les mines d’or.

Malgré leur résistance et les combats qu’ils menèrent, les Premiers Peuples furent décimés en quelques décennies par les batailles, les épidémies et le travail forcé dans les mines. Seuls quelques milliers, réfugiés dans les montagnes, purent échapper au massacre et continuer de résister au conquérant.

Ce passé tragique des Premiers Peuples de l’île demeure présent dans les mémoires des vodouisants haïtiens. Les savoirs que ceux-ci ont reçus des Premiers Peuples sur le territoire, la faune et la flore, les tituels qu’ils leur ont empruntés, les esprits retrouve dans de multiples pratiques vodou et de nombreux objets meublant les pe (autels vodou) et les ounfò (temples vodou).

La Traite des Noirs

Le manque de main-d’œuvre provoqué par la disparition rapide des Ciboneys et des Tainos poussa les Espagnols à importer des esclaves africains dès 1501.

Au cours du 17e siècle, les plantations de canne à sucre, de tabac et d’indigo se multiplièrent dans l’ouset de l’île, où la présence de colons français allait en augmentant. En 1697, la France et l’Espagne signèrent un traité en vertu duquel la partie occidentale d’Hispaniola fut cédée aux Français. Ceux-ci donnèrent le nom de Saint-Domingue à ce territoire qui deviendrait plus tard Haïti. S’y trouvaient alors 50,000 esclaves africains pour 6,000 Blancs et personnes de couleur affranchies.

De 1700 à 1704, le nombre de plantations explosa, passant de 18 à 120. Ces plantations pouvant requérir chacune plusieurs centaines d’esclaves, l’imortation d’Africains asservis s’accrut aussi de manière spectaculaire. En 1750, Saint-Domingue comptait environ un demi-million d’esclaves africains pour seulement 40,000 colons français. À la fin du 18e siècle, la colonie française produisait la moitié des exportations mondiales de café, et autant de sucre que la Jamaïque, Cuba et le Brésil réunis.

Du 16e siècle à la fin du 18e siècle, des millons d’Africains furent arrachés à leurs villages et transportés vers les Caraïbes à fond de cale de navires. Beaucoup moururent avant le départ ou durant la traversée. D’autres, par dignité, choisirent le suicide. Dans la très riche colonie française de Saint-Domingue, leur conditions de vie étaient extrêmement dures. Beaucoup connurent la mort par épuisement det subirent la violence des maîtres, la diabolisation de leurs croyances ancestrales et la christianisation forcée.

Dans une région s’étendant du Sénégal à l’Angola, les esclaves provenaient des Aradas, Fons, Mahis, Gédévis, Nagos, Ibos, Caplaous, Bijagos, Bambaras, Mandingues, Kongos et bien d’autres africains est très présent chez les vodouisants haïtiens ainsi que dans leur culte. Certains lwa (esprits vodou) et rites, notamment, portent les noms de ces peuples.

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